En cette fin d’après-midi sur Rabat, alors que le soleil déclinait doucement derrière les chênes lièges et les eucalyptus du parcours Rouge du Royal Golf Dar Es Salam, Paul Dunne se diri- geait vers la victoire quand une clameur a envahi les abords du 18. Edoardo Molinari venait d’attaquer le green de ce par 5 de 526 mètres en deux et sa balle s’immobi- lisa tout près du trou. Eagle. En l’espace de quelques minutes, les cartes étaient to- talement rebattues. C’est tout le charme du golf. L’incertitude jusqu’au dernier putt.

«Après mon bogey au 16, je me suis dit que c’était foutu car, au 17, vous êtes en géné- ral content d’en sortir avec un par. Mais sur ce trou, j’ai tapé un magnifique coup de fer 5 à 2 mètres du trou pour un birdie. Et cela m’a sérieusement remotivé. Ensuite, j’ai tapé un super drive puis un fantastique coup de « rescue » au deuxième coup. Il fallait absolument mettre la pression sur Paul», s’est félicité l’Italien.

En terminant sa journée par un eagle et un score de 68, Edoardo Molinari était à -9, at- tendant tranquillement au recording l’issue du tournoi avec son caddy. Sur le parcours, Paul Dunne répondit magnifiquement à la pression par un birdie après avoir délicate- ment posé son approche près du trou pour forcer le play off.

Mais comme souvent, le challenger dans cet exercice possède un avantage psycho- logique qui lui permet de s’imposer. L’an dernier, cela avait déjà été le cas avec Jeunghun Wang qui avait terrassé Nacho Elvira en play off. Bis repetita cette année avec Molinari qui s’est imposé au premier trou du play off en rentrant un par contre un bogey à l’Irlandais. Paul Dunne, en re- cherche de son premier titre professionnel, regrettera certainement son putt pour le par au 16 qui fit un 360° autour du trou pour le bogey de trop.

Premier Italien vainqueur du Trophée HASSAN II

Pour Molinari, premier vainqueur italien de l’histoire du Trophée HassanII, cette vic- toire est une délivrance. Animateur de la saison 2010 avec deux victoires sur le cir- cuit européen et une sélection dans l’équipe européenne de Ryder Cup, le Turinois a connu ensuite une longue traversée du dé- sert. Cet ancien champion de l’US amateur a même dû tout reprendre à zéro et repas- ser par les cartes d’accès au circuit, comme un joueur ordinaire de deuxième division.

Mais cette fois, ce fan de la Juventus de Turin peut voir l’avenir en rose. De retour dans le cercle des vainqueurs, Edoardo peut redevenir l’égal de son frère Francesco qui évolue sur le circuit américain. Mais pour Edoardo, pas question d’aller aux Etats- Unis. En bon italien, il adore le style de vie à l’européenne et il veut aussi supporter le circuit qui l’a tant aidé durant ces années de misère. «Cette victoire montre qu’il ne faut jamais abandonner et qu’il faut continuer à travailler dur. Je pense que je suis probablement le joueur qui a passé le plus de temps au practice ces trois dernières années. Cette victoire récompense donc ce travail acharné», a souligné Edoardo, tout heureux de recevoir l’écrin dans le- quel était couché le poignard en or, offert traditionnellement au vainqueur, depuis la création du tournoi en 1971. n